Le sens de la fête

Une belle comédie, un grand film.

Un film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache, avec Jean-Louis Bacri, Gilles Lelouche, Jean-Paul Rouvre, Vincent Macaigne…..

C’est l’histoire d’un mariage, d’un chef d’entreprise dans l’évènementiel et d’une équipe en charge de la réussite des évènements.

Jean-Louis Bacri campe un personnage bougon et humaniste de chef d’entreprise confronté aux difficultés financières et à tous les aléas associés à la réussite ou l’échec d’une fête. C’est aussi un homme confronté à un choix de vie, quitter sa femme ou sa maîtresse, arrêter son activité ou se relancer.

C’est aussi l’histoire d’un mariage avec un marié joué par Benjamin Lavernhe, narcissique et fantasque, poète et prétentieux. Comme tous les personnages de ce film, il est traversé par une faille ou une ouverture. Ce film traite donc de la différence, qui vous exclue ou qui vous réunit, si vous avez la chance de rencontrer celui ou celle qui vous révèle ou qui vous offre la possibilité d’exprimer votre talent ou sensibilité. Pour le marié c’est la mariée jouée par Judith Chemla.

C’est encore l’histoire d’une équipe composée, de serveurs, de personnel de la restauration et de musiciens, chacun ancré dans son corps de métier, avec les serveurs au service et en retrait et les artistes au devant de la scène, chacun doit jouer sa participation pour que le charme opère.

Mais comme c’est une comédie et une ouverture  à voir autrement, la fin du film propose un changement de rôle, une rencontre partagée des invités, et du personnel dans un moment de grâce et plénitude. Ainsi la mariée remercie le chef d’entreprise en l’embrassant et en lui disant « un grand merci pour votre équipe pour ce grand et beau moment les larmes aux yeux ».

C’est autrement une grande leçon sur l’entreprendre ensemble avec un Jean-Louis Bacri en patron charismatique, qui lui aussi traversé par des failles ou, il serait plus approprié de définir par une grandeur d’âme, offre aux paumés et décalés, une possibilité de s’insérer dans un monde non adapté à leur sensibilité et maladresse. A chaque moment, tout peut craquer et pourtant parce qu’ensemble, ils sont plus forts, ils réussissent à donner du sens à la fête.

Edmond : Une pièce brillante

EDMOND D’ALEXIS MICHALIK AU THEATRE DU PALAIS ROYAL

Depuis quelques mois j’ai délaissé les articles portant sur les activités culturelles, pourtant j’a i vu de bons et beaux films, de belles pièces de théâtre et de belles expositions. Pour citer seulement quelques évènements et émotions : L’exposition Vermeer et ses contemporains au Louvres, le petit maître corrigé de Marivaux à la comédie Française et le film Caire confidentiel. Pour les deux derniers évènements, ne les ratez pas.

Je reprends le clavier pour une pièce connue et reconnue avec 5 Molières en 2017 , une création qui le mérite.

C’est la belle époque, la naissance du cinéma, des syndicats et aussi de la grande Sarah Bernhardt et des lupanars. Une France qui a confiance belle, de ses arts et technologies, Renault créée sa première voiture en 1898. Le spectacle commence en 1895 et se termine le 27 décembre 1897, jour de la première de Cyrano de Bergerac.

Cette pièce fut jouée plus de 20 000 fois au XXème siècle ce qui la classe au panthéon du théâtre français.

Les deux Georges Courteline et Feydeau  sont présents dans la pièce et aussi la grande Sarah, la muse d’Edmond Rostand qui a interprété sa première pièce en vers la princesse lointaine qui fut parait-il un four.  Edmond Rostand après un première pièce décriée, se cherche, il est poète et veut exprimer son art en vers, Sarah Bernhardt le met en relation avec un grand comédien et enfin il retrouve son inspiration en puisant dans son entourage les personnages de sa pièce, de son oeuvre.

C’est une pièce sur la création artistique, sur le monde des acteurs, une ode à la culture, drôle, rythmée et flamboyante. Les quiproquos sont omniprésents comme les pièces de ce fin siècle, et l’énergie impérieuse.

A ne pas manquer.

Un spectacle à vertus thérapeutiques. Alors ne résistez pas

 

Philosophie Magazine

Philosophie magazine m’accompagne depuis une dizaine d’années dans mes réflexions d’homme de citoyen et de professionnel.

Comme Santé au Travail ou Alternatives économiques, ce mensuel m’aide à comprendre mieux mon environnement et plus particulièrement de monde des idées avec un recul nécessaire à une appréhension plus profonde de l’instant, des idées au goût du jour.

Ce mois ci un dossier spécial sur le travail dans sa dimension affective, je t’aime ou je t’aime pas ou plus, une approche intéressante, car décalée, mais de fait au centre de la question du travail et qui éclaire ou a été éclairé par le revenu universel lors de cette campagne présidentielle. » Pour celui qui travaille dur, le comblement est aussi l’équivalent matérialiste de la félicité parfaite promise par la religion, soit du paradis« . A méditer. Le travail est à réenchanter au cœur de la vie, à lire absolument par les DRH et les Directeurs Généraux qui veulent donner du sens à leur entreprise.

J’ai particulièrement apprécié un article sur l’intelligence artificielle centré sur le lancement de la société Neuralink visant à connecter et à augmenter le cerveau humain. Une question nouvelle qui interroge chacun sur ce qu’est un homme et son devenir. Qui selon l’entrepreneur Elon Musik pourrait devenir un animal domestique au pays de l’intelligence artificielle.

Un  article de Cynthya Fleury qui a cofondé la chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu afin de faire un hôpital « un lieu ouvert, de circulation et d’échanges de savoir » Et si le patient était un sachant autant que le médecin?

Un article étoffé sur l’Islande qui  réinvente la politique. Une invitation à passer ses vacances pour que nous puissions l’énergie des geysers, des fjords et des eaux chaudes pour à notre retour réinventer notre système politique et du rôle et fonctions  des représentants et représentés.

Et tant d’autres articles, utiles à la respiration et à l’éveil.

Edgar Morin : Connaissance Ignorance Mystère

Edgar Morin à plus de 95 ans, vient une nouvelle fois de publier un livre toujours porteur d’espoir et d’humanisme

Edgar Morin approche des concepts visités depuis de nombreuses années  depuis notamment son ouvrage intitulé la Méthode, débuté dans le milieu des années 70 et poursuivi pendant près de trente ans, à travers du « je », le je de l’acteur et de l’homme comme tous les autres hommes.

En substance, les trois idées  : la connaissance, l’ignorance et le mystère coexistent dans un mouvement permanent, qui les rendre inséparables. « Enfin, les progrès du savoir produisent une nouvelle et très profonde ignorance, car toutes les avancées des sciences  de l’univers débouchent sur de l’inconnu.. »

Le choix d’Edgar Morin et son invitation  est d’accepter l’incertain, « en sachant prendre le parti de l’Eros dans le corps à corps de sa lutte contre Thanatos »

Aujourd’hui plus que jamais sa pensée est essentielle dans cette période de grande mutation, de repli sur soi et du retour à l’illusion d’un passé magnifique perdu.

Edgar Morin est toujours affûté et aborde en dernière partie de son livre la post-humanité comme un désastre et une promesse. « C’est bien de cette aspiration et de cette double aspiration que pourrait naître une nouvelle Voie pour un autre avenir ».

Edgar m’accompagne et me guide depuis près de 40 ans dans cette recherche de la connaissance en acceptant mon ignorance et le mystère des forces occultes avec comme guideline le vivre ensemble, soit le choix d’Eros.

Penser la complexité.

Alain DUCASSE : MANGER EST UN ACTE CITOYEN

Anthelme Brillat Savarin dans la psychologie du goût « La gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui rapporte à l’homme en tant qu’il se nourrit »

Alain Ducasse dans cet ouvrage à travers des chapitres intitulés comme goûter le monde, ce que manger veut dire ou nourrir le monde autrement, plante le décor, l’agriculture industrialisée  à l’issue de la deuxième guerre mondiale, a oublié sa mission première nourrir les hommes.

Cette situation de malbouffe se traduit par maintes pathologies qui maintenant sont connues d’un plus grand nombre, il appelle donc à manger citoyen, pratique qu’il développe dans ses restaurants gastronomiques en substituant  les sucres et graisses saturées par des céréales et légumineuses, dans ses engagements par ses écoles de formation et son institut, qui a pour mission principale d’aider des jeunes en difficultés dans le monde, à devenir cuisinier en coopération avec d’autres associations locales souvent crées par des Grands chefs comme lui.

Ce livre est nourri des souvenirs personnels comme sa grand-mère, qui a été  sa grande inspiratrice dans son choix  de vie professionnelle, son accident d’avion à 28 ans, seul survivant, il a développé une ambition, celle de laisser des traces dans le monde en étant au service des hommes et un apprentissage de la délégation, qui lui a permis de développer toutes ses activités, toujours avec une recherche d’excellence.

Alain Ducasse met en évidence aujourd’hui pour un grand chef ou pour un simple citoyen, qu’il est important d’apporter un soin particulier aux produits (provenance, qualité), qu’il faut privilégier la cuisine maison et que le plaisir de manger est facteur de bonne santé pour peu que l’on prenne conscience de ce que l’on mange.

Il finit  son récit par  un appel à une déclaration  universelle  de la gastronomie humaniste pour une mobilisation internationale et un nouveau contrat social.

Un livre humaniste et gourmand. Qu’il fait bon de lire une personnalité mondialement connue, engagée dans une cuisine de la diversité dans  un acte de foi contre le repli sur soi, respectueuse des autres êtres vivants et de notre terre nourricière.

« Mais alors dit Alice, si le monde n’ a aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un? » Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles

 

FILM : CITOYEN D’HONNEUR

Un très bon film à voir absolument

Film argentin.

L’histoire est celle d’un écrivain prix Nobel en panne d’écriture depuis 5 ans, c’est à dire depuis cette reconnaissance internationale et institutionnelle. l’Ecrivain devient une statue.

Ce dernier reçoit une lettre de son village natal qu’il a quitté depuis près de 40 ans, il revient donc sur les terres de son enfance et jeunesse, lui qui a écrit tous ses livres sur cette région d’Argentine, qu’il a quitté pour vivre aujourd’hui à Barcelone dans un bunker.

C’est un film sur la fiction, le statut de l’artiste, c’est drôle, émouvant et intelligent.

Quelle est la fiction, quelle est la réalité? Telles sont les questions qui structurent ce récit.

Au moment où l’artificial fact est  aujourd’hui pratiqué par des candidats à la présidentielle française ou par le Président des USA, qui a conquis le pouvoir par cette nouvelle forme de communication, et qui poursuit l’exercice à la tête de la première puissance mondiale. Le film est opportun.

Cependant pour l’artiste, la fiction est son terrain de jeu, quant au politique celui-ci est attendu sur un programme portant sur les réalités sociales et économiques, aujourd’hui plus que jamais grâce et à cause des nouvelles technologies de communication les pistes se brouillent en cette période de grandes mutations.

« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes  morbides les plus variés » Antonio Gramsci.

C’est aussi un livre sur la solitude de l’artiste, nourri des passions humaines, lui même traversé par elles, un artiste non aigri ou torturé mais amuseur, un observateur éclairé et adepte de Spinoza, car il accepte les réalités belles et moins belles dans la joie, pour être heureux tout simplement.

Moonlight

MoonLight a reçu l’Oscar du meilleur film.

C’est un grand film.

L’histoire est celle d’un jeune noir à Miami, fils d’une prostituée, sans père à travers trois périodes de sa vie l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. A chaque période, il a un nom Little, Chiron son vrai prénom et Black.

C’est l’histoire d’une quête d’identité, celle-ci traverse les trois périodes, Chiron par peur et timidité, il baisse souvent les yeux, se recherche, victime de persécution du fait de la profession de sa mère camée de surcroît. Qu’il est difficile d’aimer une mère  disqualifiée.

C’est un film sur les rencontres rédemptrices, sur les errements, les égarements avant de trouver les réponses à la question qui habite tout le film : qui suis-je?

Qu’il est difficile d’aimer, qu’il est difficile de s’aimer, mais  c’est le guide d’une vie pour vivre en paix et avec les autres.

« Ne laisse jamais aux autres de dire ce que tu es »

Théâtre du Rond Point : INTERVIEW

Une pièce sur l’entretien, un exercice omniprésent dans la vie médiatique d’aujourd’hui. La thématique  est centralisée sur le questionneur, sur l’écoute donc, dans un monde envahi par la l’information et la parole.

La pièce est construite à partir des entretiens célèbres, mettant en scène des personnalités des arts, de l’intelligentsia et de l’actualité  des années 60 aux années actuelles.

Les acteurs Nicolas Bouchaud et Judith Henry sont excellents et complices, chacun à son tour étant le questionneur ou l’interviewé.

Une belle pièce joyeuse, un peu musicale et faisant appel à l’intelligence du spectateur. Bref un bon moment théâtral.

A propos êtes vous heureux ou si vous préférez qu’est-ce que vous faîtes avec tout ça?

Prenez votre temps, votre réponse est plus importante que la question, il faut installer un climat entre nous.

 

 

La Maison Guerre de Marie Sizun

Un beau livre par une romancière habitée par la mémoire passée et celle de l’enfance en particulier.

C’est l’histoire  d’une enfant Marie  pendant la deuxième guerre mondiale qui rejoint sa tante dans une maison en Seine-Oise, qu’elle appelle Maison Guerre, car elle y a séjournée pendant l’occupation allemande. Marie attend les brèves apparitions de sa maman, comédienne à Paris, le papa est quant à lui prisonnier de guerre, cet absent comme le nomme Marie, aussi sa famille ceux sont  les habitants de ce lieu imposant par son caractère et promesses.

Un beau récit d’une enfant séparée de sa mère, tant aimée et mystérieuse, qui trouve un refuge dans cette grande maison à l’orée d’un bois propice au dangers inventés et histoires extraordinaires, une maison habitée par des simples gens animés par la tendresse et l’amour de chacun.

Bien sûr il y a un secret, une faille qui habite ce beau récit.

Une écriture toujours aussi juste et captivante

Théâtre : Un mari idéal Oscar Wilde mise en scène Cathy Guillemin

Une pièce étonnamment actuelle au Théâtre de Nesle à Paris.

Avec le style savoureux dandy et cynique d’Oscar Wilde, ponctué par des phrases passées à la postérité comme :

  1. Pour résister à une tentation, il suffit d’y succomber
  2. J’ai des goûts simples, je prends que le meilleur

La pièce parle du couple, du mariage, du mensonge et de la corruption en politique, les références font résonnance avec la situation actuelle dans notre pays bien entendu. Il est vrai que les inégalités patrimoniales de ce début du XXIème siècle sont comparables à celles  de la fin du XIXème siècle, époque d’Oscar Wilde.

La morale de la pièce est vive l’amour et pour vivre en cohérence avec ses principes, une voie le dandysme, un humour détaché et désabusé pour être véritablement sérieux.

Drôle, frais et jouissif